
Ah, le café du matin dans l'entreprise...C'est tout un rituel subtil ! Comme tout cérémonial, il possède ses propres codes.
N'avez-vous jamais entendu ce type de phrase au détour d'un couloir ou s'élevant de derrière un bureau : "Ah, moi, si j'ai pas mon café du matin, je suis un bon à rien !" ou "Sans mon kawa pour commencer, je suis dans le brouillard toute la matinée...". Est-ce exagéré ? Est-ce justifié ? Analyse...
Vient d'abord le café d'accueil pour appréhender la pénible journée de dur labeur qui semble s'annoncer. Ce café permet de bien se mettre en condition psychologique lorsque pointent les premiers signes d'activité dans l'entreprise tôt le matin.
Suit le café de mise en route de neuf heures. Il s'agit de se persuader ( et c'est un véritable travail sur soi) que l'on est bien au boulot et plus dans son lit. Parfois, il est difficile selon les postes occupés de faire une véritable différence. Et oui, malheureusement, même en se pinçant, ce n'est pas un rêve, c'est bel et bien réel : la salle de pause enfumée, malgré les interdictions et autres menaces d'amendes qui font bien rire, est là ; les mauvaises vannes et jeux de mots usuels abondent, les faux éclats de rire forcés fusent même si c'est tout sauf drôle. Et oui, et personne ne me contredira ( ou alors c'est que nous n'habitons pas la même planète...Dans ce cas, s'il vous plait prenez moi avec vous !) la réussite d'une carrière personnelle réside souvent dans l'art du paraître et non dans la compétence réelle. On notera également le fait amusant que de nombreuses personnes qui se disent amies au sein d'une entreprise ne peuvent plus s'encadrer une fois dehors !
Mais nous nous égarons et il est déjà dix heures. Dix heures, c'est une bonne heure, synonyme du café de dix heures (je n'invente rien). Il correspond au café de la pause officielle, d'autres la qualifieront de syndicale. Ne riez pas, mécréants, nos grand-parents et même nos arrières grand-parents se sont battus corps et âme pour avoir le droit à cette pause café ! Le rôle du café de dix heures est de permettre une subtile jonction vers le café de onze heures qui sera généralement agrémenté de sa pause pipi.
Comme le temps file. Midi. Déjà la pause déjeuner. Même pas eu le temps d'ouvrir un dossier ! Pas eu la présence d'esprit de rappeler ce client pour son problème de l'avant veille. Ce n'est pas la fin du monde, il pourra bien patienter jusquà...Après demain !
A peine le temps de se rassasier en bas au restaurant d'entreprise, qui n'a de restaurant que l'appellation, et de conclure un nutritif repas industriel sous vide réchauffé à moins de sept euros par un café de treize heures sans saveur, destiné à faciliter la digestion, qu'il faut tourner ses pensées vers le café de quatorze heures. C'est le café dit de "reprise". Sa fonction est de remotiver les troupes et de continuer sur les sujets non terminés lors des cafés précédents. C'est un café de synthèse.
Mais que serait la vie de l'entreprise si le café de quinze heures n'y était mentionné ? Il a un rôle stratégique majeur : faire prendre conscience aux collaborateurs à la dérive ( et ils peuvent être nombreux) qui'il ne faut pas faire la sieste derrière son ordinateur ou jouer discrètement au démineur...Mais bosser !
N'oublions pas d'évoquer le café de seize heures. C'est le petit frère du café de dix heures que nous avons vu précédemment.
Déjà dix-sept heures. Les sables du temps s'écoulent . Dix-sept heures et l'heure de son café bien nommé, agrémenté de sa pause caca. Il sert à évacuer les relents du délicieux repas de midi, ou alors à masquer les ulcères dus au stress engendrés par votre patron. Néanmoins, la phase rituelle du café de dix-sept heures ne peut s'avérer possible et agréable que si la femme de ménage n'a pas encore été victime d'un plan de licenciement et a bien pensé à la recharge de papier toilettes qui n'aura peut être pas été commandée dans les temps faute à une énième restriction budgétaire due à la crise.
Et le café de dix-huit heures pour clore en beauté cette interminable journée de travail ? Là, soyons sérieux, faut pas abuser ! On ne va pas prendre un café alors qu'il est infâme, qu'il coûte cher, et qu'on en a pris toute la journée avec des couillons que l'on déteste ! Non, à dix-huit heures, la seule préoccupation valable et censée, c'est de rentrer à la maison. Le plus vite possible. Une heure de transport pour les moins malchanceux pour finalement se vautrer comme des loques dans le canapé, ingurgiter des substances hautement caloriques informes réchauffées au micro-ondes et se faire gaver de spots publicitaires.
Seul point positif : Il y a du décaféiné à la maison...Sauvé !


















