Chronologie : couché 1h45 un poil anxieux, poste important, opportunité potentielle...lever 5h30 (toujours cette France qui se lève tôt, ah brave petit !)...Bon vérifions notre inventaire : La chemise ? Bien repassée...Le costume ? Nickel, pas un pli...Les chaussures ? Oups, vite une petite couche de cirage. A voilà brillantes à souhait et dégoulinantes de cire, la classe quoi ...Les cheveux ? Somptueusement peignés (enfin çà n'engage que moi)...Les dents ? Allez on frotte à fond...L'état d'esprit ? Un gagnant, un tueur, un prédateur, un enragé. Pas de doute je suis prêt à affronter et annihiler toute l'adversité qui osera me défier. Départ 6h45. Arrivée vers 9h. J'entre dans le vaste hall du Novotelet je croise quelques personnes mal peignées et à l'envers qui viennent prendre leur petit dej. Ah ces touristes ! Cà sonne vide. Me suis-je trompé d'hôtel ? Mince, je suis con ou quoi ? Je commence à ressentir une little crispation. Ouf sauvé, mes yeux s'arrêtent dans un petit coin reculé. Des semblables ! 30/35 ans, costumes sombres, regards fixés dans le vide, petite malette ou petite pochette. Certainement 2 candidats potentiels. Poli, je leur dit "Bonjour...Vous êtes là pour le recrutement X..." ( car ma maman m'a bien élevé) et un des deux me réponds "oui, c'est çà...". Après ce fantastique et intense échange de politesse coincée et forcée, j'aperçois un grand tableau qui trône un peu plus haut. Sur celui-ci une liste de noms interminable. Entretiens prévus de 8h30 à 17h30. La vache ! Cà en fait des adversaires ! Je me suis gouré, c'est pas possible, on dirait que je repasse le bac. Bon tant pis, on verra bien ! Je cherche mon nom...Ah voilà mon doux patronyme...11h...pfffff...2 heures à attendre...Bon attendons...

Entracte...Entracte...Entracte...

Allez j'entre en scène. C'est le RH groupe qui reçoit en personne. Durée apporximative : 30 minutes. Un entretien d'usine. Basique. Comme une lettre à la poste. Banalité sur banalité. A la fin de celui-ci il me demande de bloquer mon après midi pour voir un opérationnel car je pourrais éventuellement les intéresser. Je sors de là gonflé à bloc et plus déterminé que jamais. J'attends la suite avec impatience et confiance. Comment se douter à cet instant que les méchants dieux du chômage m'observaient avec malice et me préparaient un petit tour dont eux seuls connaissent le secret ?

Arrive donc le temps à la fois béni et redouté de ce fameux deuxième entretien. Il s'agit de Môssieu le responsable comptes clés. Un personnage importantissimo. Peut être mon futur patron, qui sait ? La mécanique si bien huilée ne va pas tarder à se détraquer, pulvérisée en à peine 10 minutes. Une claque pour moi. Un affront. L'individu me serre la main et m'invite à prendre place. Puis il me redemande mon nom (çà commence bien) et cherche dans une pile de cv. Ah çà y est il a trouvé (c'est pas trop tôt, bizarre, bizarre). Il en prend connaissance pendant quelques secondes (visiblement il ne l'avait même pas lu). Puis, il le pose et me dit d'un air détaché : "Ecoutez Mr, ce n'est pas pour vous décourager, mais vous n'entrez absolument pas dans les critères que je recherche...". Vlan dans la tête. De suite, je pense pas décontenancé pour un sou " Tu veux jouer, tu veux me tester, tu veux voir si je baisse les bras ou si je réagis"...Et hop je lui assène la phrase ultime sortie tout droit du manuel anti objection des dieux du commerce : "Et bien Mr, laissez-moi vous prouver le contraire..."

Et bien non. Revlan dans les dents. Et la goutte d'eau : "Je n'ai pas trop de temps à perdre, je ne vais pas vous retenir, j'ai des candidats plus en adéquation et plus expérimentés avec ce que je recherche (un truc comme çà)." Passablement titillé et arborant quand même un sourire faux-cul de circonstance, je me permets d'en remettre une couche et je l'interroge avec une pointe d'ironie : "Dans ce cas, quel est le pourquoi de ma convocation en ces tristes locaux en cette belle journée de printemps ?". Sans mentir, réponse hallucinante et brève, l'air de rien :"Ce n'est pas mon problème, c'est celui des ressources humaines. Ils ont certainement voulu vous voir dans le cadre d'un viviers commercial." Bon ok, admettons. Qu'est ce que je fous là moi ? Mais le meilleur reste à venir ! Atteint dans ma fierté et piqué par la curiosité je continue l'échange :"Je viens de faire 3h de route et je viens d'attendre 2h dans le hall de l'hôtel pour vous rencontrer. Soit une journée complète, et des frais importants pour le déplacement. Heureusement que je ne viens pas de Paris ou Lille comme certains candidats. Je ne sais pas Mr, faîtes attention au contenu de vos annonces. Parce que là, çà ne correspond pas du tout au poste proposé." Et là tel un Robocop reprogrammé par l'OCP : "Ce n'est pas moi qui suis en charge de rédiger les annonces. Pour ce qui est des déplacements, lorque l'on est en recherche d'emploi il faut prévoir un budget et faire quelques sacrifices." J'avais envie de l'insulter, lui coller une tarte pour lui faire avaler son arrogance. Et pour ceux qui ont vu ce film cultissimement nul, de le livrer en pâture à mon razorback personnel. Le chômeur étant demandeur et par conséquent pas en position de force, je me suis simplement levé sans le regarder. Je ne lui ai pas serré la main. Et je suis simplement parti. Démoralisé, démotivé, écoeuré.

Voilà qu'en pensez-vous ? Bonne chance à tous dans vos recherches que j'espère fructueuses...Et surtout un aboutissement rapide.

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